L'EMIGRATION EN ARGENTINE

Photo prise en 1984 de 8 des 11 petits enfants d'André Sanséau, enfants de Joseph/José dont il est question ci-dessous, pour les 80 ans d'Andrès. De gauche à droite on a
- debout: Juan-Pedro, Andrès (1910-1998), Alberto-Eugenio (1917-1992)
- assis: Josefa (1921), Emma-Delia (1923), José (1905-1998), Marta-Victoria (1918-1993), Ivon-Nicolas (1912)
Manque, Isabel décédée depuis (1909-1996)
Etaient décédés Hipolito (1906-1976), Maria-Luisa (1907-1949)


Les informations ci-dessous sont une compilation de celles données par M. Grégoire Le Clech dans le numéro 13 de DALC'HOMP SONJ de 1985 et dans un autre article "Sur la piste des Bretons d'Argentine" paru dans je ne sais plus quelle revue. Mais ce sont aussi les informations fournies en Argentine par les cousins lors de notre voyage là-bas en novembre 1993. Rien de tel que d'entendre sur place les souvenirs des descendants des émigrés de 1889, en particulier Ivon, petit-fils d'André qui osa tenter l'aventure.

C'est donc mi-décembre 1889 que André Sanséau, âgé de 44 ans, quitta sa ferme de Quillien, en Tourc'h "en charette et char à banc" pour Morlaix avec sa femme Corentine Le Grand et ses enfants Joseph (15 ans), Marie (13 ans), André (9 ans), Yvon (7ans), Isabelle (5 ans) et Pierre-Louis (3 ans).
Arrivée à Châteauneuf du Faou (19 km) le soir, à Morlaix le surlendemain. Embarquement pour Le Havre puis, à fin décembre, sur le vapeur Portena vers Bordeaux. Là, d'autres émigrants Basques et Aveyronnais montent à bord. Escales à Vigo, Lisbonne, Rio de Janeiro, Montevideo et arrivée à Buenos Aires le 29 janvier. Quel périple pour des paysans ! Logement à l'Hôtel des Immigrants. Et Joseph, devenu José, dira d'après le texte de Grégoire Le Clech: "De suite, nous reçûmes la visite d'un homme d'affaires nommé Meeks, personne s'exprimant correctement en français et qui cherchait à recruter des immigrants pour travailler sur sa concession située au sud de la province de Buenos Aires, dans le district de Guamini, en un lieu appelé Cochico, à quelque 500 km de la capitale". Le dit Meeks possédait à Cochico...100.000 ha !
André signe un contrat pour exploiter 170 ha. Charrue, boeufs, semences seront fournis. Mais sur place, à 25 km de la ville la plus proche, Guamini, ça va devenir rapidement l'enfer pour les Sanséau et les autres familles françaises et hollandaises qui sont là-bas. Il faut se construire une maison, creuser un puits. C'est le plein été austral dans ce désert.La chaleur est torride.En février, Meeks repart à Buenos Aires et on ne le reverra plus. Avec lui disparaît le centre de ravitaillement qui devait aider les colons à se nourrir, se vêtir. Vivre se transforme en survivre. Heureusement qu'André, malgré les moqueries de ses voisins du Finistère, avait pensé à emporter des outils qui lui permirent de creuser un puits. Ce qui ne fut pas le cas de chacune des 300 familles de Cochico.

Puis ce furent les épidémies de diphtérie et de typhoïde qui, avec la soif et la faim, firent plus de 350 victimes, dont Pierre
-Louis le 1er avril 1890. Il aurait eu 4 ans le 18. Comme disait José: "le cimetière de Cochico fut le seul endroit du désert à se peupler réellement". Ni les autorités consulaires françaises, ni a fortiori le sieur Meeks, ne vinrent en aide aux familles dans le besoin le plus cruel. Pourtant, en 1914, les bureaucrates consulaires trouvèrent l'adresse de José pour qu'il vienne défendre sa patrie ! Ce qu'il s'empressa de ne pas faire, bien entendu. Ce n'était plus la sienne

Les Sanséau, comme les autres familles, quittèrent Cochico en juin 1890, abandonnant le cimetière du désert, et s'établirent à Guamini. Ils devinrent des "gauchos" parmi les gauchos du cru, mais sans les mépriser comme d'autres immigrants. Ils furent donc bien acceptés. Assez vite, grâce à sa capacité d'étudier, que n'avaient pas les gauchos locaux, José devint en quelque sorte leur chef. Il put acheter de la terre près de Guamini, terre qu'il appela Quillien en souvenir de la ferme de Tourc'h d'où il était parti. Il y passa la majeure partie de sa vie. Il fut élu plusieurs fois conseiller municipal de Guamini. De son épouse, Isabelle Sire, d'origine italienne, il eut 11 enfants, 6 garçons et 5 filles. Les garçons furent administrateur de banque, médecin, chirugien, docteur biochimiste, avocat, commerçant.

Ivon, l'avocat, fut alcade de la ville de Pigüé, fondée par des Aveyronnais. Il fut sénateur en 1957. Toujours en vie à ce jour, 1er mars 2003, il vint en France avec son épouse Teresa, son fils aîné Marcelo et sa fille Teresa en août 1991, à point nommé pour la réunion des Sanséau-Sancéau-Sancéo... que j'avais organisée près de Quimper le 4 de ce mois d'août. Ils vinrent passer quelques jours chez nous à Loctudy. En novembre 1993, à leur invitation, nous partimes, ma femme et moi, passer un mois en Argentine, dont plusieurs jours chez Ivon et Teresa. Excursions aux chûtes d'Iguazu, à Ushuaia, dans la Cordillère des Andes en traversant la¨Patagonie pour voir le glacier Perito Moreno. Un voyage inoubliable !
Nous restons en contact étroit, par Internet en particulier, avec la famille argentine dont 4 membres sont venus nous rendre visite depuis notre passage dans leur pays.

Chûtes d'Iguazu (à gauche, photo prise par nous)

retour page d'accueil retour début de page date de dernière mise à jour : 16 mars 2003